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20/04/2012

Ressucitation

Ressuscitation

 

   

 

    Parc de la Tour, jardin littéraire, dès que s’ouvrent tes grilles (quelles mains les ont ouvertes ?) par toutes humeurs du ciel, il me plait de te visiter. Là, se situe la rencontre. Qui voit passer les illustres écrivains ? Pourtant, natifs de la Touraine, ou venus pour s’écarter de l’agitation,  leurs noms apparaissent, dûment gravés. Peu de promeneurs. Regards saturés d’effets trop spéciaux.

    Malgré mes yeux qui s’obscurcissent, je crois les percevoir. Du moins, je veux le croire. Au fil des ans s’effilochent les certitudes.

     Dans le terreau poussèrent des plumes pour géants. Où puisent-ils l’encre ? Dans le déversoir des nuages, ou sous les racines des feuillus qui murmurent ?

    Sur le sable des allées, sur l’herbe fleurie de la Prairie, je déchiffre les  pas. Immenses sont leurs enjambées. Dans chaque fleur se lit un poème. 

    Invisibles, leurs visages assemblés se mirent sur l’eau de la Mare. Leurs lumineuses pensées s’inscrivent à la surface noire. Nulle profondeur ne rebute ces plongeurs de l’infini. La solitude des eaux ne les effraye pas. 

    Autour du Boulingrin, sans lassitude, ces marcheurs déambulent. Eux ne connaissent plus l’étau de la fatigue. L’éternité de la gloire leur appartient. Tant leurs pensées furent fécondes, que même au plus blanc de la neige, ou parmi les scintillements du givre, au Verger, poussent encore les fruits.

    Aux rares oreilles attentives, leur langue parle encore. Tant de bruits, partout : bavardages, brouhaha, jacassements, charivari, vacarme et fracas, mais si peu de sens… Les images glissent sur les gens, qui glissent sur les images. Eux savaient voir, entendre et dire.

    Le soir, les hautes grilles interdisent l’accès du Parc de la Tour. Les arbres, le Boulingrin et le Verger frissonnent. Ils parlent la langue des enracinés, amoureux de la terre obscure. La Mare et la Prairie  leur répondent. Elles susurrent. Dialogue des eaux et de la glèbe. Racines, troncs et faîtes lient la Terre au Ciel. La première s’ancre dans le second.

    A la nuit, battent les portes du manoir. Les Seigneurs de la Pensée réunissent le cénacle. Ma petitesse leur est imperceptible. Mes signes de vivant ne les touchent pas. Ma forme charnelle ne les effleure ni ne les intéresse. J’ouvre la bouche et pense former des mots. Suis-je bien sûr de parler encore ? En quelle langue conversent-ils ? Quelle divinité, de nous inconnue, leur accorda cette aisance, cette éloquence, cette force ? Ma trop faible voix ne leur parvient pas.

     Demain, sous les auspices du jour, pas à pas le long des allées, de ligne en ligne sur la page, il faudra susciter la rencontre.

 

15:23 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0)

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