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27/05/2012

ENFANT FEMME I

Enfant femme (1)

 

ISoleil désiré puis retrouvé,

ciel dégoulinant de bleu,

incroyable rose de novembre,

chuchotement de l’aile,

rire perché sur la feuille,

chant qui effleure la branche,

fabuleuse incarnation de la joie

dont la fleur s’étend sur l’univers,

je te rencontre

 

dans le fil de la Vierge.

 

 

(1)           Extrait de Ligne de paratage

 

 

09:51 Publié dans Poèsie | Lien permanent | Commentaires (0)

22/05/2012

La récupération (Premier épisode)

La récupération (Premier épisode)

 

 

    Dans ce comté  peu connu d'Angleterre, le Swampshire, ainsi nommé à cause des nombreux marécages qui parsemèrent longtemps ses paysages de leurs taches glauques aux fonds vaseux,  desquels se dégageaient des vapeurs délétères, existe une ville moyenne appelée Eviltown. (1) Dans aucun guide touristique vous ne trouverez mention de cette localité, dont le passé fut aussi trivial qu'est banal son présent. Quant aux marais, ils ont été peu à peu rayés de la carte, les autorités locales ayant décidé de les drainer, afin d'assainir l'atmosphère. Avec ces lieux fangeux ont disparu les légendes maléfiques, dont l'origine se situait dans l'observation d'émanations gazeuses, qui, au sortir de l'eau, s'enflammaient.

    A Eviltown règne une routine jamais démentie. Les événements notables y sont l'ouverture, à dix-huit heures, des "public-houses", inimitables institutions consacrées au culte de la bière ; et, le dimanche, en sus des inévitables offices, dans les différentes églises qui se concurrencent farouchement pour séduire la clientèle chrétienne en voie d'extinction, les également rituels matches de cricket, seconde religion de ces insulaires, la première étant l'idolâtrie footballesque.

    Le seul édifice présentant quelque intérêt  dans Eviltown, c'est son hôpital, qui fut créé au XIX siècle et baptisé Gloom and Doom's Hospital, (2) en souvenir de ses deux co-fondateurs, médecins visionnaires dont le "hobby" consistait à prêcher la repentance, car, prétendaient-ils, l'apocalypse et le Jugement Dernier s'approchaient à la très vive allure des premiers trains à vapeur. Ces prophètes d'une ténébreuse fatalité, qui enjoignaient leurs frères et soeurs en perdition à renoncer au mal, ne furent guère entendus.

    Jusqu'à une date récente, les services existants à l'hôpital suffisaient à satisfaire les besoins ordinaires des résidents ; lorsqu'un traitement plus complexe, ou une opération risquée, s’avéraient nécessaires, il fallait se diriger vers de plus grandes villes, dotées d'installations plus modernes et d'un personnel mieux formé. Aussi, la création à Gloom and Doom's Hospital d'un service spécialisé dans les greffes d'organes, et dirigé par un certain Dr Quack Rascal, (3) dont les journaux assurèrent qu'il s'agissait d'un chirurgien de renommée mondiale, surprit et flatta les  habitants.

    On affirmait que ce Docteur avait été formé dans l'une des meilleures universités américaines. Il semblait qu'il  eût  inventé des techniques chirurgicales originales, qui permettraient de réduire les risques de septicémie et d'arrêt cardiaque, ainsi que le rejet des organes greffés, en écourtant les interventions. De ce fait, le temps de récupération, tant à l'hôpital que chez soi, serait également abrégé. En quoi consistaient précisément les méthodes du novateur, nul, ses collaborateurs immédiats exceptés, ne le savait. On supposait qu'elles devaient être révolutionnaires, et que le chercheur attendrait de les avoir perfectionnées, avant de les révéler à l'admiration du public.

(1)           Eviltown, ou ville du mal.

(2)           Doom and Gloom, soit : Destin funeste et atmosphère sinistre. Les doubles o se prononcent comme dans « moon », c’est-à-dire ou long.

Quack Rascal, soit Charlatan Racaille.   

19:05 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0)

06/05/2012

Le bonimenteur

Aux lectrices et lecteurs

 

    Je vous confirme l’absence annoncée, du 8 au 23 mai. Au cours de cette période, je ne mettrai pas de nouveaux textes en ligne, mais si vous n’avez appris que récemment l’existence du blog, vous savez que les réserves ne manquent pas.

    Si vous avez déjà tout lu, je ne puis que vous encourager à relire, car chacun sait que, souvent, chaque nouvelle lecture nous fait apercevoir des aspects nouveaux.

    Je profite de l’occasion pour remercier toutes celles et tous ceux qui viennent, nombreux et souvent, lire mes textes. Quelques chiffres : en mars, 197 visiteurs et 543 visites ; en avril, 324 visiteurs et 1203 visites.

     Merci, également, aux personnes qui ont fait circuler l’information ; quant à celles qui ne l’ont pas encore fait, il n’est pas trop tard !

   

     Yann Le Puits

                   

Le bonimenteur

 

     Chemise blanche immaculée, cravate honorablement nouée, lunettes en juste et sérieux équilibre sur le nez, il affecte l’assurance d’un marchand de tapis.

    Nous lui exposons le but de notre visite. Oui, changer de voiture, cela se réfléchit.

    Monsieur le Conseiller Commercial va réfléchir avec nous. Mieux : il va nous proposer des avantages, « une formule » mirobolante, époustouflante !

    Ah, nous ne sommes pas obligés de verser la totalité de la somme le jour de la livraison ? Il resterait un solde de 3.500 Euros, à rembourser en cinq ans, mais cela ne serait pas un crédit. Donc, pas d’intérêts à payer.

    Je commence à flairer le piège. Cette générosité cache un mensonge.

    - La garantie platine, Madame, Monsieur, pour cinq ans, vous n’avez aucun souci, nous nous occupons de tout, contrôles, réglages, vidanges, réparations, remorquages, prêt d’une voiture, rapatriement, vous savez, comme une assurance, lorsque vous souscrivez à un contrat vous ne savez pas s’il vous servira ou non, mais vous êtes bien contents de l’avoir, quand les problèmes se présentent, c’est cela que nous vous offrons, vous ne courez aucun risque et de plus vous maîtrisez votre budget automobile.

    Je veux savoir à combien s’élèveront les mensualités. Il sort sa calculette, se met à pianoter. De tête, j’ai déjà calculé que cela se monterait à environ 60 Euros par mois. Triomphant, il annonce : 128 Euros !

    Bizarre, n’est-ce pas ? De nous deux, qui s’est trompé ?

    Ni l’un, ni l’autre, mais cet agréable arsouille nous cachait une partie de ses cartes : afin de dormir sur nos deux oreilles, il nous suffirait de doubler la mise. Quel beau cadeau, en vérité !

    De plus, admirons l’habileté du langage : il s’adresse à nous au présent de l’indicatif, donc il nous place dans la situation qu’il veut créer. D’un hypothétique accord, il passe subrepticement à nos signatures acquises. Pas une seconde il n’envisage le conditionnel. Il dévide la bobine de ses arguments appris par cœur et nous dicte notre conduite, avec une parfaite courtoisie.

    Avec nous, contre nous, il joue comme le serpent python hypnotisant sa proie. Il ne faut pas que nous puissions réfléchir. Ses paroles enjôleuses et séductrices coulent à flots, il nous serine jusqu’à satiété qu’il plaide la cause de notre intérêt. Le but évident est de noyer notre discernement sous le flot de ses arguties.

    Oui, tout cela est bel et bon, sauf la vilaine tricherie, le tour de passe-passe, certainement légal, puisque la loi s’est mise du côté des arnaqueurs.  

 

11:14 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0)