17/11/2014
L'apéritif des notables 16
L’apéritif des notables 16
(Extrait de Et passent les rats)
Le visage de Pilar Escudo rosit, rougit, devient cramoisi. Comment, cette jeunette, cette péronnelle, l’une de ses aides-puéricultrices, ose lui tenir tête ? Par ailleurs, en ces circonstances amicales, cafetières et dominicales, de quel droit userait-elle de son pouvoir hiérarchique pour obliger au silence la femme du Dr Curatodo, dans les yeux duquel brille la plus haute appréciation pour l’audace de Carla ? Clairement, il ne reste plus à Pilar Escudo qu’à s’incliner, sous le regard mécontent d’Hector, qui peut bien fabriquer suffisamment d’armes pour annihiler l’humanité entière, mais ne peut parer les bévues de l’épouse. La règle veut que, lors de ces apéritifs gentiment bourgeois, chacun se montre assez courtois pour écouter jusqu’au bout les arguments d’autrui. L’intempestive interruption est taxée de « mauvais goût », contraire aux bons usages élémentaires. Décontenancé par l’attaque, Luis Papelero s’est servi la troisième tortilla garnie de tomates, qu’il déguste les yeux à demi fermés. Le plaisir des papilles et plus généralement du palais semble le consoler un peu.
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15/11/2014
L'apéritif des notables 15
L’apéritif des notables 15
(Extrait de Et passent les rats)
- Madame, lui répond Luis Papelero, l’aigle d’or est répertorié au patrimoine national et mondial comme un objet unique, évocateur d’une civilisation disparue…
- Civilisation, l’interrompt Pilar Escudo, Monsieur le Conservateur, vous avez bien dit « civilisation » ? Que savons-nous de ces gens ? Qu’est-ce qui nous prouve qu’ils ne vivaient pas dans les arbres ?
- Je suis désolée de vous en faire la remarque, mais vous n’avez pas laissé Monsieur le Conservateur finir sa phrase, Mme Escudo, la tance Carla Curatodo, en appuyant sa remarque d’un sourire espiègle, ravie qu’elle est de prendre en défaut la directrice de la crèche, tandis que son docteur de mari n’est pas sans admirer le cran de sa jeune et resplendissante moitié. »
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13/11/2014
L'apéritif des notables 14
L’apéritif des notables 14
(Extrait de Et passent les rats)
Tous rient gaiement. Dolores Valle y Monte se montre toujours si spontanée ! Dans un petit corps de dame, c’est une grande âme. Monseigneur Angel Pesar de la Cruz, qui sait avec justesse évaluer la force des âmes et sonder leur profondeur a trouvé, en l’épouse de Monsieur le Maire, une alliée de première classe dans sa lutte contre le Mal, et pour faire avancer la cause de la charité.
« A propos de forces surnaturelles, intervient Jane Quickbuck sous l’œil lascif de son mari, lequel, nonobstant la maigreur ascétique de sa femme, la classe en tête de ses plus belles possessions, les yeux rouges de l’aigle d’or me gênent toujours un peu, lors des offices. Quelle idée abracadabrante aussi ! Conserver dans la cathédrale un objet symbolique rappelant le culte païen du soleil ! Monseigneur ne peut-il donc pas s’en débarrasser ? Cette horreur est en or, j’en conviens, mais garderions-nous une représentation du Diable si elle était coulée en or ?
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