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11/11/2014

L'apéritif des notables 13

L’apéritif des notables 13

 (Extrait de Et passent les rats)

  

 « Il y a du vrai dans ce que vous dites là, Madame la Commissaire. Votre autorité morale à l’Université n’est pas moins forte que celle de ma très chère épouse à l’hôpital, n’est-ce pas Dr Curatodo ?

    - Comment vous donner tort, Monsieur le Président ? Ce serait mentir, confirme le célèbre médecin, tout en cueillant une olive, ronde des amandes qu’elle cache en ses flancs, puis la cale à l’arrière de ses mâchoires, pour la malaxer en gourmet.  Avant de décider quoi que ce soit, je consulte soigneusement mes collaboratrices, et plus particulièrement Mme Eleonora Mascara. Les femmes voient et comprennent les choses différemment de nous, et l’éclairage féminin n’est jamais superflu.

    - Oui, je me demande bien comment mous nous débrouillons sans le providentiel esprit féminin, au Commissariat, ironise Luciano Cazaladrones, avec le plus goguenard de ses sourires, alors que ses babines découvrent la double rangée de ses crocs de dogue.

    - Peut-être y perdez-vous beaucoup sans le savoir, le cingle Alejandra Papelero. Ce disant, elle alimente ses forces en croquant deux tranches de chorizo pimenté, l’une à droite, l’autre à gauche, pour une plus grande efficacité de la mastication. A la Bibliothèque, Luis reste incontestablement le Conservateur, mais il n’oublie jamais de me consulter, dès qu’il est un tant soit peu embarrassé, n’est-ce pas mon chéri ?

    - C’est tout à fait exact, l’approuve le  petit maigrichon, qui pose devant lui son verre de Jerez australien, y compris lorsqu’il s’agit d’ouvrir nos archives à un journaliste étranger, curieux de lire la prophétie des Maztayakaw.

    - Ah, nous y revenons, s’exclame Augusto Valle y Monte en dévorant sa dixième « saucissette » grillée, sous le regard tristement désapprobateur de Dolores, c’est à peine croyable, mais pas une conversation ne peut plus se dérouler sans que cette histoire antédiluvienne ne resurgisse, comme si la tribu primitive voulait nous hanter !

    - Augusto, l’implore Dolores, je t’en prie, ne parle pas ainsi ! Tu sais très bien que je crois aux esprits, aux revenants ! N’invoquons pas les mânes des sorciers ! »

  

 

 

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09/11/2014

L'apéritif des notables 12

L’apéritif des notables 12

 (Extrait de Et passent les rats)

 

  « Je suis de votre avis, mon cher, opine Eleonora Mascara (sans être maladivement obèse, elle n’eet pas non plus exactement maigre) tandis que son mari, Guiseppe hoche le chef, mais je crains qu’il n’ait une aura, et surtout  qu’il n’utilise son charisme de célébrité littéraire pour inciter nos huluberlus à la révolte ou la  rébellion. Qui se ressemble s’assemble, et, une fois assemblés, ces gens-là se serrent les coudes.

    - Oui, confirme Amanda Cazaladrones, je trouve que, depuis l’arrivée de cet… agitateur, Elena Mirasol, l’une de nos employées, se montre encore plus rebelle qu’à l’accoutumée. Ne trouvez-vous pas, Monsieur le Président ? »

    Guiseppe Mascara était en train de grignoter un canapé suavement salé par les anchois disposés dans le sens de la longueur, comme des soldats morts sur le champ de bataille, soigneusement alignés de façon parallèle, pour que même la défaite ait du panache. Avec une élégance toute universitaire,  le Président déglutit,   sourit de manière bénigne, penche vers l’avant sa tête à la chevelure blanche, enveloppe sa coupe de champagne californien d’attouchements caressants, puis lève les yeux et prononce :

   

10:00 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0)

07/11/2014

L'apéritif des notables 11

L’apéritif des notables 11

 (Extrait de Et passent les rats)

 

   - Hélas, non, Monsieur le Maire. Mark Mywords continue d’étudier la prophétie des Maztayakaw, voilà le seul crime que l’on peut lui imputer, si c’en est un. Avouez que le motif serait insuffisant pour ordonner l’expulsion de l’écrivain. »

 

    Avec dextérité, le Commissaire s’empare d’un piment farci, qu’il convoitait depuis l’apparition des victuailles,  comme si ce légume particulier résumait toutes les vertus, contenait la somme des qualités nutritives de l’espèce appelée « piment », comme si l’essence même du piment s’était réalisée sur la table. Le feu végétal, que tempère modérément la fadeur du riz, rehausse le teint de Luciano Cazaladrones, qui naturellement se porte vers le rubicond.

09:33 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0)