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17/10/2014

L'apéritif des notables 1

L’apéritif des notables 1

(Extrait de Et passent les rats)

 

   

    Monseigneur Angel Pesar de la Cruz s’éponge le front. La grand’messe vient de s’achever.  Puissamment, la voix grave de  l’archevêque a tonné contre le vice, la corruption, le goût si répandu pour le lucre, celui non moins courant de la luxure, l’infidélité conjugale, les déviations sexuelles, l’irrespect des enfants pour les parents, le peu de cas que l’on fait des cheveux blancs, le manque de charité, l’insuffisante ferveur religieuse de nombreux habitants, l’abandon des valeurs chrétiennes, le cynisme des marchands de canons, l’égoïsme de l’élite financière, la paresse et le laisser-aller, au total contre les mille tares dont souffre la ville, et qui font d’elle une vieillarde percluse d’une variété d’arthrose sociologique.

    Tout le temps que gronda l’homélie, le lutrin atypique n’a pas bronché : son bec ne s’est pas ouvert et nul vent n’a soulevé ses ailes déployées. Seuls les rubis de ses yeux ont rougeoyé, sombrement, comme animés par une arrière-pensée que l’âme humaine ne saurait sonder. Les rats, qui se terrent dans les recoins humides des chapelles, ont frémi. Leurs moustaches ont vibré, mais nous ne saurons pas ce qu’exprimait ce mouvement…  

   

 

 

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13/07/2014

Le questionnaire en question 14

Le questionnaire en question (14)

   

Extrait de Entre muraille et canal

   

Enfin, ils sont pas catholiques, puisqu’ils veulent pas croire dans la Vierge Marie.   En plus, ils ont pas trouvé le moyen de se débarrasser de leurs rois. La république, c’est pas l’idéal, mais on est tout de même plus libre. Enfin, ils ont la même reine depuis des lustres. Elle fera pas de référendum pour leur demander s’ils veulent voir une autre tête, pour sûr. Qu’est-ce qu’il m’a dit, Lucas, le gardien du parc ? Ah, oui, que des fois ce Marc Le Brahz joue de la corne et muse dans le parc du château. Paraît que ça ressemble au biniou, mais, comme j’ai jamais vu de biniou, chuis pas plus avancée.    Je tâcherai de savoir pourquoi il est parti le premier, en coup de vent, comme s’il avait la paille au cul et le feu dedans, comme aurait dit mon pauvre mari. .  »

    Peine perdue. Aucun des collègues ne vendit la mèche. Quant à confesser l’abbé Citrin ou Sœur Amélie, Germaine Ducasse n’y songea pas. Elle ne l’aurait pas osé. Le respect dû à la soutane et la cornette était, pour elle, naturellement sacré.

        

     

                 

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12/07/2014

Le questionnaire 13

14  Le questionnaire en question (13)

   

Extrait de Entre muraille et canal

   

« Il a pas une tête de voyou, mais il est bizarre, tout de même, ce jeune homme.. On en avait jamais vu de comme ça, ici. Les gens disent qu’il est anglais. C’est possible. Ces gens-là sont à moitié fous. Pensez-donc ! Ils roulent à gauche et boivent que du whisky, de la bière ou du thé ! Ça doit les faire pisser à n’en plus finir. Penser que les hommes portent des jupes plissées, là-bas… Comment qu’ils s’y prennent, lorsqu’ils vont aux waters ? Ils sont peut-être obligés de s’accroupir, comme les dames. Ah, ils doivent avoir bonne mine ! En hiver, ils se caillent sûrement les joyeuses, avec le vent qui passe par en-dessous de leur…   Comment qu’ils appellent leur jupon ? Chais pus… Kit ? Kid ? Kilt ? Bizarre… Est-ce que tous leurs mots commenceraient par un « k » ? Faudra que je demande à ce Le Brahz, puisqu’il cause Anglais. Moi, si j’étais anglaise, je serais pas d’accord pour que mon homme porte une jupe plissée. Faut pas exagérer, tout de même.

 

 

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