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25/03/2015

Ulysse 24

Ulysse, l’œuvre multidimensionnelle (24)

(Conférence, donnée au LAC , le 12 avril 2014)

 

Deuxième partie

 

10 Rochers Errants

    Ce chapitre compte dix-huit scènes. Chacune présente une interpolation, ou interruptions narratives, à l’insu des person-nages. Dans des scènes banales, les acteurs sont « encadrés » : l’essentiel consiste à savoir qui voit qui, où, faisant quoi. Lorsque la scène commence à prendre du sens, une interpo-lation vient la miner.

   En fait, les anecdotes se déroulent parallèlement les unes aux autres, à l’intérieur de la  machine qu’est la ville. Le cadre dicte sa conduite aux personnages, réduits au rôle de rouages. Nous assistons à un ballet, où des danseurs apparaissent, tandis que d’autres disparaissent. Tous, finalement, tournent autour de la cavalcade du vice-roi, qu’ils saluent avec une déférence hypocrite.

   En voici deux exemples :

   Devant les salles de ventes aux enchères, Dilly Dedalus réclame de l’argent à son père. Celui-ci évoque sa mort prochaine, comme une délivrance. Il repart pour chercher de l’argent, « dans le caniveau », dit-il. La scène est scandée par les rappels de la cloche du crieur.

    Interpolations : la course cycliste, Tom Kernan satisfait de ses affaires, le passage du cortège vice-royal.

   Deuxième exemple :

   Stephen a porté une chaîne au prêteur sur gages. De l’établissement se dégage une atmosphère glauque. Nous savons ses pensées sur la machinerie, l’horloge, le cœur et les pulsations. Comme Bloom, il s’arrête chez les bouquinistes ; ses prix ont dû échouer là. Il y rencontre sa sœur Dilly, qui vient d’acheter un manuel de français, sans couverture. Un sentiment de grande misère submerge Stephen.

    Interpolations : les deux vieilles femmes, rapportant des coques ; le Père Conmee et son bréviaire.

 

 

 

 

 

 

19/03/2015

Ulysse 23

Ulysse, l’œuvre multidimensionnelle (23)

(Conférence, donnée au LAC , le 12 avril 2014)

 

Deuxième partie

 

9 Scylla et Charybde : Scylla, monstre à plusieurs têtes, aux terribles mâchoires ; Charybde, tourbillon qui engloutit les navires.

   A la Bibliothèque nationale, il est quatorze heures. Stephen expose sa théorie esthétique. Il se déclare disciple de la philosophie d’Aristote, basée sur la notion d’espace, alors que Platon attache plus d’importance aux essences. En termes pompeux, l’esthète exprime ses idées sur le corps et l’esprit, l’Histoire contre la pure abstraction, la scholastique contre le mysticisme.

    Pour démontrer sa théorie, Stephen veut intégrer à Shakespeare le « ici et maintenant ».  Il invoque des « faits », même s’il doit opérer des distorsions. La fin du 19e connut la mode de biographies shakespeariennes. D’hypothèses on parla comme de « faits ». Joyce avait lu ces biographies fantaisistes. 

    Stephen considère que la paternité est une « fiction légale », la maternité « la seule véritable chose de la vie ». A force d’affirmer le devoir qu’a l’écrivain de transformer le matériau brut de l’existence en œuvre artistique, il cède à l’obsession esthétique. La thèse de Stephen consiste en ceci : Shakespeare joue son propre rôle, en s’adressant à Hamlet. Il eut un fils, Hammet, qui mourut à l’âge de onze ans. Le dramaturge fut « assassiné » par sa femme, Anne Hathaway, c’est-à-dire trompé. Sur la scène, nous assistons à une inversion de la réalité, puisque le père fantôme parle au fils vivant.

     Stephen affirme aussi que Shakespeare était obsédé par la trahison, l’adultère, le fratricide et l’usurpation, thèmes récurrents de ses pièces. Beaucoup de ses héros « noirs » portent les noms de ses frères, Edmond et Richard.

   Le discoureur ne cesse de penser à sa pauvreté ; il porte des chaussettes prêtées, trouées. Il y a une contradiction perma-nente entre la subtilité du propos et la trivialité des préoc-cupations. Conclusion : la vie n’est qu’une suite de jours et nous ne rencontrons personne d’autre que nous-mêmes.

    La bibliothèque est perçue comme un tombeau, où les pensées des auteurs sont momifiées, dans les livres qui  soufflent des idées fantomatiques aux vivants, pour les pousser à l’action. D’où, entre autres, l’allusion à Don Quichotte et la nécessité d’une épopée irlandaise.

    Un employé vient avertir le bibliothécaire qu’un Monsieur veut compulser des journaux de l’an passé. Il s’agit de Bloom, que Mulligan appelle aussitôt « le youpin ». Il a vu Bloom au musée, reluquant une statue d’Aphrodite, à la recherche d’un hypothétique anus.

      Stephen suit à contrecœur Mulligan, le paillasse assoiffé. Il renonce à exercer sa propre volonté. 

13/03/2015

Ulysse 22

Ulysse, l’œuvre multidimensionnelle (22)

(Conférence, donnée au LAC , le 12 avril 2014)

 

Deuxièe partie

 8 Lestrygons, géants anthropophages

 

Bloom est conscient du fait que tout le monde veut manger. Il est partagé entre l’appétit et le dégoût, la faim et le découragement. Il reproduit, dans l’espace, des mouvements digestifs, dits « péristaltiques » en allant et venant, devant le restaurant de Byrne.

   Il aperçoit une fille de Dedalus, maigre et en guenilles. Dedalus a eu quinze enfants. D’où des réflexions très néga-tives sur la formule « Croissez et multipliez ». Les prêtres, eux, ne se privent de rien.

   Les hommes sandwiches défilent, pour la publicité du papetier Hely, rappel du prophète Eli. Ces travailleurs se contentent de pain et « d’une soupe d’eau chaude » .     Passent des policiers, gavés de nourriture grasse. Mme Breen apprend à Bloom que Mme Purefoy souffre depuis trois jours, à la maternité. La pauvre femme va de grossesse en grossesse.

 

    Bloom a faim depuis longtemps, il se sent mal,  comme si on « l’avait mangé puis vomi ». Il va déjeuner chez Burton, mais le spectacle  de la goinfrerie l’écœure. Il prend un en-cas de médiocre qualité, chez Byrne et y rencontre Blair Flynn, dit Nosey, parce qu’il a un long nez et le fourre dans les affaires des autres. Ils commentent un match de boxe, où un Irlandais a gagné contre un soldat anglais.